16 November 2008
La visite du Matenadaran, la grande bibliothèque de Erevan où sont conservés tous les plus beaux manuscrits, réserve quantité de surprises. Parmi celles-ci, l’an passé, j’ai pu voir un recueil grammatical du XVe copié au monastère de Metzop, dont l’original date du 10e ou 11e siècle. Ce manuscrit de petites dimensions contient plusieurs alphabets : grec, syriaque, latin, géorgien, copte, arabe … et celui des Albans du Caucase.
Si on connaît l’Arménie, il n’en est pas de même pour l’Albanie du Caucase. Strabon, auteur grec mort entre 21 et 25 après Jésus-Christ, a écrit une histoire (perdue aujourd’hui) et une géographie (dont la presque totalité nous est parvenue). On peut y lire qu’ : “En Arménie même, il y a nombre de monts et de plateaux… nombre de vallées… comme la vallée de l’Araxe, dans laquelle l’Araxe coule jusqu’à la frontière de l’Albanie et la Koura”. Ptolomée, auteur grec qui vécut près d’un siècle après Strabon, écrit dans sa célèbre géographie que “la Grande Arménie est limitée du nord par une partie de la Colchide, de l’Ibérie et de l’Albanie sur la ligne susmentionnée passant par le fleuve de Kir”.
Chez les latins, Pline l’Ancien raconte que “cette tribu (des Albans) peuplant les monts du Caucase s’étend, comme il fut dit, jusqu’au fleuve de Kir qui forme frontière entre l’Arménie et L’Ibérie.” Pour Plutarque, autre auteur latin, “Lorsque l’hiver surprit l’armée romaine sur cette terre (en Arménie) et que les Romains célébrèrent les saturnales, les Albans se réunirent au nombre d’au moins quarante mille, passèrent le fleuve de Kir et les attaquèrent”, c’est-à-dire qu’ils passèrent sur la rive droite de la Koura.” L’historien romain d’expression grecque Dion Cassius écrit : “Oris, roi des Albans, vivant au-delà de la Kirna”.
L’historiographe arménien P’awstos Biwzandac’i (souvent appelé Faust de Byzance) rapporte que : “(Mouchegh Mamikonian) désigna la Koura comme frontière entre son pays (l’Arménie) et l’Albanie, de même qu’avant”. Sanésan, roi du Maskout, “passa sa frontière, qui était un grand fleuve, et submergea le pays d’Arménie”.
La langue de ce pays, que l’on appelle l’albanais du Caucase, est une langue caucasienne aujourd’hui morte. Selon Koriwn, historiographe arménien du 5e siècle, Maštoc’ aurait aussi créé un alphabet pour cette langue. Le voici :

15 November 2008
Le badiv est une notation spécifique de l’arménien classique qui ressemble à un trait horizontal placé au-dessus d’un mot ou d’une partie de mot. Il signifie que le mot a été abrévié. Le mot arménien badiv պատիւ se traduit par honneur (pour voir un exemple).
Dans la “Grammatica linguae armeniacae” que H. Petermann publie à Berlin en 1837, on peut lire ceci à la page 5 :
La traduction du latin est : (Dieu) pour (Dieu), et j’inverse (a) (dieu) pour un dieu fictif.
Nulle part ailleurs je n’avais vu ce badiv inversé. Et Petermann ne cite malheureusement aucun exemple … Alors curiosité ou phantasme ?
11 November 2008
Si vous êtes passionnés par les langues comme je le suis, vous avez certainement mis dans vos favoris quantités de dictionnaires et de traducteurs. Je ne vais pas vous en livrer des kyrielles, mais plutôt vous en signaler quelques-uns, de derrière les fagots.
A/ Un site ukrainien http://www.slovnyk.org.ua/ qui propose 32 langues européennes.
- de-de Allemand - Allemagne
- en-gb Anglais - Royaume-uni
- en-us Anglais - USA
- be-by Biélorusse - Biélorussie
- bg-bg Bulgare - Bulgarie
- hr-hr Croate - Croatie
- da-dk Danois - Danemark
- es-es Espagnol - Espagne
- eo-xx Espéranto
- et-ee Estonien - Estonie
- fi-fi Finlandais - Finlande
- fr-fr Français - France
- el-gr Grec - Grèce
- nl-nl Hollandais - Hollande
- hu-hu Hongrois - Hongrie
- is-is Islandais - Islande
- it-it Italien - Italie
- la-va Latin - Vatican
- lv-lv Letton - Lettonie
- lt-lt Lituanien - Lituanie
- mk-mk Macédonien - Macédoine
- no-no Norvégien - Norvège
- pl-pl Polonais - Pologne
- pt-pt Portugais - Portugal
- ro-ro Roumain - Roumanie
- ru-ru Russe - Russie
- sr-rs Serbe - Serbie
- sk-sk Slovaque - Slovaquie
- sl-si Slovène - Slovénie
- sv-se Suèdois - Suède
- cs-cz Tchèque - Tchéquie
- uk-ua Ukrainien - Ukraine
C’est un projet open source qui mérite d’être soutenu. En l’utilisant, vous pourrez l’améliorer en faisant parvenir à ses auteurs vos remarques.
B/ Le site du petit lion, Léo le traducteur http://dict.leo.org/ qui propose 6 langues.
- Allemand
- Anglais
- Français
- Italien
- Espagnol
- Chinois
C’est un site extraordinaire, je n’ai pas d’autres mots. Pour chaque langue, on a un dictionnaire traducteur qui donne quantité d’occurrences, d’exemples …, on a encore un forum et un entraineur. A essayer d’urgence et vous m’en direz des nouvelles.
C/ Une collection de dictionnaires introuvables en ligne avec http://www.dicfro.org/
La liste serait trop longue. Posez votre tartine de brioche au beurre et allez voir ce site. Génial. Juste pour vous donnez envie, vous allez trouver plusieurs dictionnaires pour chacune des langues suivantes :
- Français
- Allemand
- Anglais
- Italien
- Portugais
- Latin
- Espagnol
Et par exemple, pour le français, vous avez les 6 versions du dicitonnaire de l’Académie, le Cotgrave de 1611, l’Estienne de 1552, le Nicot de 1606 … Dicfro fédère plusieurs sources et les met à disposition de façon unifiée.
2 September 2008
Ce 24 juillet 2008 a été mis en ligne la reproduction d’une partie d’un des plus anciens manuscrits grecs connu sous le nom savant de Codex Sinaiticus. Sous ce nom latin, un comble pour un manuscrit grec ;-), c’est à un des tous premiers exemplaires complets de la Bible que nous avons affaire.
Le manuscrit a été découvert au XIXe siècle en Egypte, plus précisément dans le monastère orthodoxe Sainte-Catherine situé dans le Sinaï par un allemand originaire de Leipzig : Konstantin von Tischendorf (1815-1874 ; théologien passionné de paléographie). Ce dernier parcourait le Proche-Orient à la recherche d’anciens manuscrits. C’est en 1844 qu’il rapporta une partie de la Sinaiticus en Europe. 15 ans plus tard, il put la compléter intégralement.
Malheureusement, le manuscrit n’a pas été conservé en entier et fut dispersé. Mais, par chance, nous avons maintenant Internet et les pages éparpillées vont peu à peu s’assembler à nouveau.
En effet, la bibliothèque universitaire de Leipzig (leader technique du projet), la bibliothèque britannique (British Library), la bibliothèque nationale de Saint-Petersbourg et le monastère Sainte-Catherine en Egypte possèdent des pièces du puzzle et se sont entendus pour mettre en ligne, d’ici l’été 2009, l’ensemble du Codex Sinaiticus. Grâce à l’accord de collaboration que les 4 institutions ont signé, la numérisation des pages a commencé, la traduction aussi. Le site est actuellement disponible de façon très inégale en 4 langues (anglais, allemand, russe et grec).
L’ergonomie va certainement encore évoluer. Ce qu’on voit est déjà très engageant et c’est vraiment plaisant de pouvoir lire le texte grec en direct. En effet, la réalisation utilise AJAX et les méta tags se conforment au Dublin Core … Attendons de voir la suite.
« Nous avons photographié à deux reprises chaque page, sous deux angles différents, afin de rendre visibles les détails physiques du parchemin », explique Juan Garcez, responsable du projet. « L’objectif était naturellement de faciliter le travail des chercheurs. Mais c’était important aussi pour nous que le codex soit accessible au plus grand nombre. Il nous montre que la Bible a été copiée à la main, que les scribes étaient humains, qu’ils faisaient des erreurs. Et en même temps, on réalise l’importance de ce texte, qui a suscité un tel souci de transmission, lorsque l’on voit le soin avec lequel il a été corrigé. »
Et si vous pensez que les vieux manuscrits n’intéressent personne, vous vous trompez ! Dès les premières heures de mise en ligne, trois millions d’internautes ont consulté le site. Le serveur n’a pas tenu, rendant le site inaccessible pendant les premières heures.
NB : L’UBL propose ici une réalisation en Microsoft Silverlight.
27 August 2008
Je viens de trouver un complément à mon précédent billet sur le même sujet. Cette fois, c’est à l’Université de Lausanne que l’on doit ce Lexique expérimental français-russe des termes de linguistique.
26 August 2008
Je mettrai à jour ce billet en fonction de mes trouvailles … en attendant, bonne lecture.
La Section de langues slaves de l’Université de Lausanne, option linguistique, et le CRECLECO (Centre de recherches en épistémologie comparée de la linguistique d’Europe centrale et orientale) ont mis en ligne sur leur site un ensemble de 5 articles de linguiste Antoine Meillet :
1911 : “Différenciation et unification dans les langues“, Scientia (Rivista di scienza), vol. IX, V (1911), XVIII, 2; rééd. Linguistique historique et linguistique générale, Paris : Champion, 1921, p. 110-129.
Ce même texte est aussi publié en 1921 avec le même titre “Différenciation et unification dans les langues”, dans : Linguistique historique et linguistique générale, Paris : Champion, , p. 110-129.
1915 “Les langues et les nationalités“, Scientia, N° 18, p. 192-201.
1918 “La situation linguistique en Russie et en Autriche-Hongrie“, Scientia, n° 23, 1918, pp. 209-216.
1918 “La langue arménienne“, La Voix de l’Arménie, 1, 1er janvier 1918, pp. 8-11.
1925 “La méthode comparative en linguistique historique“, Paris : Champion.
18 August 2008
Les sites scientifiques s’emparent avec bonheur du web 2.0 pour nous proposer des interfaces aux usages démultipliés. Les étudiants et les enseignants vont découvrir, si ce n’est déjà fait, que leur cartable se numérise de plus en plus et de mieux en mieux.
Combien de travaux de recherche doivent absolument passer par la recherche bibliographique ? Celle qui consiste à fouiller dans les revues scientifiques étant l’une des plus délicates, on ne peut qu’être heureux de voir ce grand projet percer avec un tel esprit d’ouverture.
L’Université Lumière Lyon 2 a développé le site Persée et en propose depuis peu une nouvelle interface après plusieurs mois de développements.
Persée travaille avec plusieurs partenaires. Ensemble, ils mutualisent leurs collections avec des exigences technologiques claires et précises pour le meilleur profit des utilisateurs. Le club des 5 partenaires est composé de :
Techniquement
Persée s’appuie sur des technologies open-source et des formats ouverts. Une partie des briques logicielles sont libres, d’autres ont été développées en interne par l’équipe lyonnaise. Tout est en Java. L’ensemble des développements sont sous double licence Cecil et GPL. Ils sont donc ré-utilisables pour d’autres programmes de numérisation et de diffusion numérique de documents. La rubrique A propos du site n’est pas avare sur les détails techniques.
Mutualisation
La mutualisation des collections repose sur l’implémentation sur chacun des sites concernés du protocole OAI-PMH. Conformément au protocole, les sites diffusent a minima leurs métadonnées en DC (Dublin Core).
Au-delà de cette diffusion basique, Persée s’est doté d’outils permettant de diffuser et moissonner des données complexes telles que la description des collections, les tables des matières des fascicules et le texte intégral des documents.
La mise en œuvre par Persée de ces échanges de données repose sur l’utilisation des schémas METS, Erudit-article ou TEI. Les schemas XMLMARC et MODS sont également utilisés pour la diffusion des métadonnées.
NB : Persée met à disposition des utilisateurs un forum où l’équipe des concepteurs répond aux utilisateurs.
13 August 2008
Essayez de lire une grammaire dans une langue étrangère … ce n’est pas une mince affaire ! Ce n’est pas tout de comprendre la langue elle-même. Encore faut-il aussi maîtriser un vocabulaire, que dis-je, un jargon que bien peu de dictionnaires donnent.
La Faculté de Philosophie de l’Université de Mannheim (Universität Mannheim, Philosophische Fakultät) a publié le “Multilinguales Glossar grammatischer und linguistischer Fachbegriffe” que beaucoup recherchent. Qu’il en soit remercié !
Ce sont plus de 650 termes qui sont traduits dans les langues suivantes :
- allemand
- anglais
- espagnol
- français
- italien
- russe
- serbo-croate