Je viens apporter quelques précisions sur un article précédent, intitulé Au Matenadaran, l’alphabet des albans (ou albaniens) du Caucase.
Bernard Outtier, lors de sa conférence « Georges Dumézil, les langues du Caucase, et l’arménien« , expliquait que la langue oudine est une langue « résiduelle » du nord-est du Caucase qui compte aujourd’hui encore quelques 6.000 locuteurs. Les Oudines sont les descendants des Albaniens du Causase. Le manuscrit où on peut voir le fameux alphabet (en photo dans mon article), avait été découvert en 1937 par le savant géorgien I. Abouladzé qui visitait le Madenataran à Erevan. Et c’est en 1941 que Georges Dumézil a fait connaître au monde occidental l’existence de cette langue dans un article publié dans le Journal Asiatique « Une chrétienté disparue, les albaniens du Caucase ».
En 1996, Zaza Aleksidzé a découvert des palimpsestes albaniens à Sainte Catherine au Sinaï. Ces nouvelles pages sont les premiers textes a notre disposition pour lire cette langue. Voir l’article paru en 1997 par Jean-Pierre Mahé et Zaza Aleksidzé.
Le terme albanien a été donné par Georges Dumézil dans son article. Il traduisait le grec Ἀλβανοί. Jean-Pierre Mahé utilise aussi Arwangs, il date la création de l’alphabet albanien en 422. Voir l’article d’Anahid Samikyan.
Le 14 janvier 2010, Bernard Outtier a donné une conférence organisée par la Société des Etudes Arméniennes et intitulée « Georges Dumézil, les langues du Caucase, et l’arménien ». Bernard Outtier a bien connu Dumézil et il nous en a donné un portrait de première main.
Georges Dumézil a inventorié le monde indo-européen. Un de ses apports majeurs est d’avoir trouvé les trois fonctions qui sous-tendent l’idéologie indo-européenne primitive (prêtre, guerrier et producteur). Il est le créateur d’une nouvelle science : la mythologie comparée. Mais le savant a autant travaillé et publié dans les domaines de la linguistique et en particulier de la linguistique caucasienne et caucasique. Il a appris des dizaines de langues et les anecdotes sont nombreuses.
Bernard Outtier est directeur de recherche au CNRS. Il enseigne le géorgien à l’Institut Catholique de Paris et a enseigné la littérature arménienne à Genève.
Quand je regarde l’écran d’un iPhone, je ne peux m’empêcher d’y voir un retour aux glyphes, un abandon de la lettre, du mot, de la phrase. Sous la vitre lisse, les petits carrés se découpent sur un fond noir. Le tout est très esthétique certes, mais est-ce un progrès ? Si oui, de quelle nature ? Et au passage, où sont les déplacements ?
Chaque dessin évoque le service, ou bien l’application qui sera lancée dès que le doigt aura effleuré la surface. Fini le menu où quelques mots à lire permettaient d’atteindre le même but. Désormais, il n’est plus nécessaire de savoir lire. Au passage, pour peu que le dessin soit universel, il n’y a plus à se soucier des langues et des cultures.
L’interface est efficace et / mais terriblement minimaliste. Les mots assemblés en phrase, les textes à lire, les mots à écrire, tout cela a disparu. Avec l’iPhone, plus besoin d’appartenir à une culture, on est désormais dans l’universel. Plus besoin de lire ou d’écrire, il suffit de toucher. L’expérience de l’iPhone est plus simple encore que la croix que dessinait maladroitement celui qui ne savait pas écrire.
Que faut-il penser de tout cela ? Pour vous, est-ce un progrès ?
Un signe diacritique est un signe graphique comme par exemple le point, l’accent, la cédille. Il est ajouté à un graphème simple de l’alphabet, il permet alors de transcrire un phonème différent. Ainsi on évite la confusion entre homographes.
On trouve des signes diacritiques dans de nombreux alphabets en français, en russe, en arabe, etc. En arménien, un signe diacritique marque l’emphase, c’est le շեշտ (shesht, ce mot signifie tout simplement ‘accent’). Il se présente comme un accent aigu placé sur la voyelle porteuse de l’emphase.
Voici un exemple sans signe diacritique ահաւասիկ et le même mot porteur d’un shesht ահա́ւասիկ.
La langue hittite est la principale langue anatolienne parlée par le peuple hittite. Cette civilisation a disparu longtemps avant Jésus-Christ.
Pour apprendre le hittite, le mieux c’est donc de trouver un prof et d’avoir le temps de suivre ses cours … Mais quand ce n’est pas possible, que peut-on faire ? Il existe quelques très bons sites et surtout une grammaire disponible en français. Voici les liens que vous aurez plaisir de délier pour vous lancer.
Le site d’Olivier Lauffenburger est une vraie mine d’or, vous allez y trouver :
Les pages du site de l’université de Huston Hittite online que l’on doit à Winfred P. Lehmann et Jonathan Slocum.
La page Hittite du site Ancientscripts, créé en 1996, dont l’objectif n’est pas de remplacer les sites pédagogiques mais qui a été conçu pour donner une introduction aux anciens systèmes d’écriture.
La langue allemande a le secret des phrases rétives aux traductions simplistes. Le mot à mot n’a aucun sens, les syntaxes de part et d’autre du Rhin reflètent l’intelligence de langues différentes …
Alors Google et son traducteur automatique ne vous serviront qu’à produire un salmigondis propre à vous couvrir de ridicule !
Toutefois, il existe des ressources internet qui méritent d’être connues et qui seront les fidèles alliées de vos thèmes et versions germanistes. Une de leurs spécialités est qu’elles offrent la traduction d’expressions et de locutions et pas seulement de mots.
Comme rien n’est parfait, les deux derniers ne connaissent pas le français. Vous devrez passer par une langue tierce, en l’occurrence traverser le chanel.
Un atout supplémentaire de Leo est son forum particulièrement actif où toute question trouve sa réponse dans les heures qui suivent !
Avez-vous d’autres bonnes adresses pour germanistes en peine ?
Voici un site qui vient compléter les informations que je donnais dans deux articles (1, 2) sur des très bons dictionnaires disponibles en ligne.
Il s’agit d’un projet italien : DLM. Ce Dictionnaire multilingue du Lexique Métalinguistique est le résultat du travail scientifique effectué par de nombreux chercheurs dans les trois importants projets de recherche conduits en Italie.
Le site n’est pas encore complètement terminé. Notamment, pour ceux que l’italien rebute, une traduction anglaise est en cours (Traduzione in corso!!!).
NB : Je viens de trouver la page que le wiki Agreg-ink consacre à son Glossaire terminologique de Grammaire Linguistique (il s’agit d’un site destiné aux professeurs d’anglais et aux futurs professeurs d’anglais).
Puisque nous sommes encore dans la semaine de Pâques, prenons la formule pascale en grabar pour la traduire précisément.
Քրիստոս յարեաւ ի մեռելոց
Օրհնեալ է Յարութիւնն Քրիստոսի
Détaillons la première ligne
Քրիստոս se lit Kristos et s’analyse ainsi : Christ, nominatif ou accusatif singulier, ici au nominatif car c’est le sujet
յարեաւ se lit hariav se s’analyse comme ceci : il s’agit du verbe harnem qui signifie se lever, se réveiller, ressusciter ; il est à la 3e pers. sg. de l’aoriste, ce temps est équivalent au passé simple ou au passé composé
ի se prononce i, c’est une préposition que l’on peut traduire de plusieurs façons, habituellement par en, dans ou de. Cette préposition commande le locatif, l’accusatif ou l’ablatif. La déclinaison s’applique au mot qui suit.
մեռելոց se lit mérélots, il s’agit du mot mérial qui se traduit par mort, il est soit un adjectif soit un subst., sa déclinaison indique le génitif, le datif ou l’ablatif pluriel, mais ici le sens est celui de l’ablatif et d’ailleurs la préposition qui précède ne laisse d’autre choix.
Et maintenant la seconde ligne
Օրհնեալ se prononce orhnial, c’est le participe du verbe orhnem, bénir
է se lit tout simplement è, c’est la 3e pers. Sg. du présent de l’indicatif actif du verbe être
Յարութիւնն se lit haroutioun’n, c’est le substantif suffixé de l’article défini (‘n), la résurrection
Քրիստոսի se lit Kristossi, c’est le génitif de Christ
Nous avons donc la traduction suivante :
Christ est ressuscité d’entre les morts
Bénie est la résurrection du Christ
La disponibilité de la troisième version du Corpus National de l’Armenian Oriental (EANC) a été annoncée aujourd’hui.
Le Corpus national de l’arménien oriental est une base de données linguistique de textes annotés en arménien oriental standard.
L’EANC, c’est :
Pour en savoir plus sur l’EANC et explorer ses fonctionnalités, visitez www.eanc.net. Tous vos commentaires seront grandement appréciés.
Alors que je recherchais des informations complémentaires sur Nobert Wiener, le père de la Cybernétique, je suis tombé sur un article où il est question de Saucisse. Comme je ne comprenais pas le rapport, j’ai continué ma lecture … lisez plutôt :
« La saucisse était le premier enfant de la saucisse de Lion, un polonais (…) » un peu plus loin « En 1914, la saucisse a voyagé à l’Europe (…) » etc.
Cette page à lire et relire est le résultat d’une traduction automatique livrée à elle-même sans aucune intelligence. Le site qui la publie s’appelle pourtant encyclopediefrancaise.com. On pourrait pourtant s’imaginer que son contenu soit travaillé, surveillé … Au contraire, chacune des pages que j’ai pu y lire est désolante … Que fait la police
Quand on publie un site aussi ridicule, je ne vois pas où cela peut bien conduire.
Heureusement qu’il existe par ailleurs de vraies merveilles en matière de traduction sur Internet. Mais si vous en avez vu des traductions aussi loufoques, alors racontez-nous pour notre plaisir à tous !
La visite du Matenadaran, la grande bibliothèque de Erevan où sont conservés tous les plus beaux manuscrits, réserve quantité de surprises. Parmi celles-ci, l’an passé, j’ai pu voir un recueil grammatical du XVe copié au monastère de Metzop, dont l’original date du 10e ou 11e siècle. Ce manuscrit de petites dimensions contient plusieurs alphabets : grec, syriaque, latin, géorgien, copte, arabe … et celui des albans (ou albaniens) du Caucase.
Si on connaît l’Arménie, il n’en est pas de même pour l’Albanie du Caucase. Strabon, auteur grec mort entre 21 et 25 après Jésus-Christ, a écrit une histoire (perdue aujourd’hui) et une géographie (dont la presque totalité nous est parvenue). On peut y lire qu’ : « En Arménie même, il y a nombre de monts et de plateaux… nombre de vallées… comme la vallée de l’Araxe, dans laquelle l’Araxe coule jusqu’à la frontière de l’Albanie et la Koura ». Ptolomée, auteur grec qui vécut près d’un siècle après Strabon, écrit dans sa célèbre géographie que « la Grande Arménie est limitée du nord par une partie de la Colchide, de l’Ibérie et de l’Albanie sur la ligne susmentionnée passant par le fleuve de Kir ».
Chez les latins, Pline l’Ancien raconte que « cette tribu (des Albans) peuplant les monts du Caucase s’étend, comme il fut dit, jusqu’au fleuve de Kir qui forme frontière entre l’Arménie et L’Ibérie. » Pour Plutarque, autre auteur latin, « Lorsque l’hiver surprit l’armée romaine sur cette terre (en Arménie) et que les Romains célébrèrent les saturnales, les Albans se réunirent au nombre d’au moins quarante mille, passèrent le fleuve de Kir et les attaquèrent », c’est-à-dire qu’ils passèrent sur la rive droite de la Koura. » L’historien romain d’expression grecque Dion Cassius écrit : « Oris, roi des Albans, vivant au-delà de la Kirna ».
L’historiographe arménien P’awstos Biwzandac’i (souvent appelé Faust de Byzance) rapporte que : « (Mouchegh Mamikonian) désigna la Koura comme frontière entre son pays (l’Arménie) et l’Albanie, de même qu’avant ». Sanésan, roi du Maskout, « passa sa frontière, qui était un grand fleuve, et submergea le pays d’Arménie ».
La langue de ce pays, que l’on appelle l’albanais du Caucase, est une langue caucasienne aujourd’hui morte. Selon Koriwn, historiographe arménien du 5e siècle, Maštoc’ aurait aussi créé un alphabet pour cette langue. Le voici :
Le badiv est une notation spécifique de l’arménien classique qui ressemble à un trait horizontal placé au-dessus d’un mot ou d’une partie de mot. Il signifie que le mot a été abrévié. Le mot arménien badiv պատիւ se traduit par honneur (pour voir un exemple).
Dans la « Grammatica linguae armeniacae » que H. Petermann publie à Berlin en 1837, on peut lire ceci à la page 5 :
La traduction du latin est : (Dieu) pour (Dieu), et j’inverse (a) (dieu) pour un dieu fictif.
Nulle part ailleurs je n’avais vu ce badiv inversé. Et Petermann ne cite malheureusement aucun exemple … Alors curiosité ou phantasme ?
Si vous êtes passionnés par les langues comme je le suis, vous avez certainement mis dans vos favoris quantités de dictionnaires et de traducteurs. Je ne vais pas vous en livrer des kyrielles, mais plutôt vous en signaler quelques-uns, de derrière les fagots.
A/ Un site ukrainien http://www.slovnyk.org.ua/ qui propose 32 langues européennes.
C’est un projet open source qui mérite d’être soutenu. En l’utilisant, vous pourrez l’améliorer en faisant parvenir à ses auteurs vos remarques.
B/ Le site du petit lion, Léo le traducteur http://dict.leo.org/ qui propose 6 langues.
C’est un site extraordinaire, je n’ai pas d’autres mots. Pour chaque langue, on a un dictionnaire traducteur qui donne quantité d’occurrences, d’exemples …, on a encore un forum et un entraineur. A essayer d’urgence et vous m’en direz des nouvelles.
C/ Une collection de dictionnaires introuvables en ligne avec http://www.dicfro.org/
La liste serait trop longue. Posez votre tartine de brioche au beurre et allez voir ce site. Génial. Juste pour vous donnez envie, vous allez trouver plusieurs dictionnaires pour chacune des langues suivantes :
Et par exemple, pour le français, vous avez les 6 versions du dicitonnaire de l’Académie, le Cotgrave de 1611, l’Estienne de 1552, le Nicot de 1606 … Dicfro fédère plusieurs sources et les met à disposition de façon unifiée.
Ce 24 juillet 2008 a été mis en ligne la reproduction d’une partie d’un des plus anciens manuscrits grecs connu sous le nom savant de Codex Sinaiticus. Sous ce nom latin, un comble pour un manuscrit grec
, c’est à un des tous premiers exemplaires complets de la Bible que nous avons affaire.
Le manuscrit a été découvert au XIXe siècle en Egypte, plus précisément dans le monastère orthodoxe Sainte-Catherine situé dans le Sinaï par un allemand originaire de Leipzig : Konstantin von Tischendorf (1815-1874 ; théologien passionné de paléographie). Ce dernier parcourait le Proche-Orient à la recherche d’anciens manuscrits. C’est en 1844 qu’il rapporta une partie de la Sinaiticus en Europe. 15 ans plus tard, il put la compléter intégralement.
Malheureusement, le manuscrit n’a pas été conservé en entier et fut dispersé. Mais, par chance, nous avons maintenant Internet et les pages éparpillées vont peu à peu s’assembler à nouveau.
En effet, la bibliothèque universitaire de Leipzig (leader technique du projet), la bibliothèque britannique (British Library), la bibliothèque nationale de Saint-Petersbourg et le monastère Sainte-Catherine en Egypte possèdent des pièces du puzzle et se sont entendus pour mettre en ligne, d’ici l’été 2009, l’ensemble du Codex Sinaiticus. Grâce à l’accord de collaboration que les 4 institutions ont signé, la numérisation des pages a commencé, la traduction aussi. Le site est actuellement disponible de façon très inégale en 4 langues (anglais, allemand, russe et grec).
L’ergonomie va certainement encore évoluer. Ce qu’on voit est déjà très engageant et c’est vraiment plaisant de pouvoir lire le texte grec en direct. En effet, la réalisation utilise AJAX et les méta tags se conforment au Dublin Core … Attendons de voir la suite.
« Nous avons photographié à deux reprises chaque page, sous deux angles différents, afin de rendre visibles les détails physiques du parchemin », explique Juan Garcez, responsable du projet. « L’objectif était naturellement de faciliter le travail des chercheurs. Mais c’était important aussi pour nous que le codex soit accessible au plus grand nombre. Il nous montre que la Bible a été copiée à la main, que les scribes étaient humains, qu’ils faisaient des erreurs. Et en même temps, on réalise l’importance de ce texte, qui a suscité un tel souci de transmission, lorsque l’on voit le soin avec lequel il a été corrigé. »
Et si vous pensez que les vieux manuscrits n’intéressent personne, vous vous trompez ! Dès les premières heures de mise en ligne, trois millions d’internautes ont consulté le site. Le serveur n’a pas tenu, rendant le site inaccessible pendant les premières heures.
NB : L’UBL propose ici une réalisation en Microsoft Silverlight.
Je viens de trouver un complément à mon précédent billet sur le même sujet. Cette fois, c’est à l’Université de Lausanne que l’on doit ce Lexique expérimental français-russe des termes de linguistique.

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