reseau social

Quelques repères philosophiques pour penser les réseaux sociaux

L’AFISI organisait la semaine dernière une conférence sur les réseaux sociaux. L’approche n’était pas celle des conférences habituelles … que je ne veux pas dénigrer par ailleurs. Les conférenciers ont présentés des aspects peu abordés (dont le droit, le développement durable) qui ont donné son originalité et son intérêt à l’événement.

J’y ai contribué en présentant “quelques repères philosophiques”. Les slides sont disponibles sur Slideshare. En quelques slides et une demi-heure, on ne peut qu’ébaucher un sujet aussi vaste. A côté de Martin Heidegger, de Paul Ricoeur, j’aurai bien développé aussi à partir de la pensée d’Emmanuel Lévinas. Le visage de l’autre prend chez lui une dimension qui nous invite à la responsabilité … le parallèle avec la personne exposée par les réseaux sociaux me semble très riche. Le philosophe est mort en 1995, au moment où nait le web public. Je suis persuadé qu’il aurait écrit des pages intéressantes …


L’exposition de l’ipséité est-elle risquée dans les réseaux sociaux ?

Le 18 janvier 2011, lors de la conférence que je donnais au Cercle d’Ethique des Affaires sous le titre Ethiques et réseaux sociaux, j’ai détaillé un point qui, semble t-il, n’a pas été analysé ou trop peu.

Le philosophe Paul Ricoeur nous propose de considérer l’identité des personnes comme composée d’une mêmeté et d’une ipséité. La première est cette part de nous-même qui dit que nous sommes des “autres semblables à”, que nous sommes comme d’autres, que nous appartenons à un groupe, etc. La seconde est la part qui dit que nous ne sommes pas comme l’autre, que nous sommes un autre, elle dit notre différence.

La mêmeté est alors soutenue dans les réseaux sociaux lorsque nous mentionnons notre appartenance à un groupe, une communauté. La seconde nous sépare, nous distingue. Je pourrai détailler encore tout ceci, mais je pense que les concepts se comprennent aisément.

On conçoit bien que la mêmeté est protectrice, à la façon du groupe qui accueille et protège ses membres. D’ailleurs, dans un réseau social, plus un groupe est nombreux, plus il est “fort”, plus il “a raison” (il faut dire tout ça avec beaucoup de précaution).

L’ipséité, en revanche, parce qu’elle permet de se distinguer, peut aller jusqu’à opposer. Lorsque le membre d’un réseau social s’expose “du côté de son ipséité”, il se met potentiellement en danger. En paraphrasant un célèbre dicton, on peut écrire “un membre de réseau social seul est un membre en danger” !


Du web aux réseaux sociaux. Visions et mirages. La force des usages.

C’est sous ce titre que j’ai publié un long article dans la livraison du 4e trimestre 2010 de la Revue Transversalités. Au sommaire de ce n°116 (octobre – décembre 2010), le dossier Internet : nouveaux usages, nouvelles sociabilités comprend 8 contributions qui méritent toutes d’être lues.

Voici les premiers paragraphes :

Internet dynamise nos usages d’une informatique qui depuis longtemps n’est plus le seul apanage des entreprises. Domestiquée et démocratisée, elle a investi nos loisirs, nos communications, nos pratiques de consommation, etc. Et lorsqu’elle revient vers l’entreprise, c’est pour la bouleverser. Dans l’enseignement, la recherche ou la santé, par exemple, des transformations importantes s’opèrent. Si les jeunes sont nés dans cet environnement, les quadragénaires et plus distinguent un avant et un après Internet.

L’explosion du nombre de sites Internet et l’élargissement de l’accès au web aux mobiles ou aux tablettes ne cessent d’augmenter nos possibilités d’entrer en relation avec d’autres personnes. Que ce soit pour développer nos réseaux amicaux ou professionnels, partager nos passions, contribuer à la construction d’une base de connaissances, rechercher un emploi ou simplement communiquer, toutes nos activités sociales trouvent leur pendant web.

Nouvelles technologies, nouvelles propositions de valeur, nouveaux usages, nouvel eldorado… ne succombons pas trop vite aux chants des sirènes numériques. Si nous adoptons Internet sans prendre le temps de la réflexion, nous n’aurons peut-être pas l’occasion de poser des exigences nouvelles et de rendre plus navigable le long fleuve numérique qui irrigue désormais pratiquement toutes les activités humaines, et qui n’a rien de tranquille.

En conclusion, je note :

Qui dira l’avenir des réseaux sociaux? Ils transforment la communication des hommes, bouleversent le rapport à l’information. Il n’y aura pas de retour en arrière.

Au commencement était la toile, l’unique réseau. La saisie de la dimension sociale l’a fragmenté, multipliant les réseaux sociaux. Dans Internet, tout est devenu social au point qu’aujourd’hui ce qui n’est pas social n’a plus de valeur.


De l’information trouvée à la vérité : nécessité d’un apprentissage humaniste

Dans les débuts d’Internet, nos visites étaient motivées par le besoin de trouver de l’information et une bonne dose de curiosité, ne sachant si nous allions justement trouver ce que nous cherchions. Assez rapidement, nos recherches se sont faites plus pertinentes essentiellement pour quatre raisons :

• les outils sont plus adaptés à la recherche,
• le référencement des informations publiées s’est amélioré,
• la quantité d’informations croissant, la qualité globale de l’ensemble y a gagné,
• les utilisateurs ont aussi acquis de nouveaux usages et les ont perfectionnés.

Peu à peu, alors que nous allions chercher de l’information, nous avons attendu d’Internet qu’il nous donne l’information, toujours plus absolue. Notre sens critique a perdu en acuité. Le déplacement du « c’est écrit » de son support matériel qu’était le livre vers l’immatériel numérique se traduit par la recherche de la vérité dans Internet.

Maintenant que l’Internet est accédé par plus de 50% de la population des pays développés, son enseignement devient indispensable. Et ce n’est pas d’apprendre à manier une souris qu’il s’agit ! C’est un enseignement qui doit prendre place dans ce que l’on appelait les humanités. Quand les rapports entre les personnes qui se connaissent ou pas, s’expriment de plus en plus au travers des réseaux sociaux, il est urgent de prendre conscience de la dérive des usages, pour ne pas dire des usages en dérive.


Convergence search et réseau social, qui gagnera ?

Les réseaux sociaux (rs) se partagent l’audience mondiale avec les moteurs de recherche (mr). Au top 10 des sites les plus visités[1] se trouvent par ordre décroissant : Google (mr), Facebook (rs), Youtube (rs), Yahoo ! (mr), Windows live (mr), Baidu (mr), Wikipedia (rs), Blogger (rs), MSN (mr) et Twitter (rs). Soit 5 de chaque catégorie.

La bipartition au sommet de la popularité Internet entre moteurs de recherche et réseaux sociaux motive l’apparition de nouveaux sites aux usages ajustés. Citons en deux : l’immédiateté et la proximité.

Immédiateté. Puisque les internautes et les mobinautes ont un rapport de plus en plus immédiat avec le Web grâce aux réseaux sociaux où publier se fait à la vitesse du clic, leur besoin de recherche suit la même tendance. Ils veulent trouver jusqu’aux informations publiées et diffusées les plus récentes. Des moteurs d’un nouveau type apparaissent pour répondre à cette demande, ce sont les moteurs en temps réels[2] dont les nouvelles exigences sont la vitesse d’actualisation et la segmentation des sources sociales (réseaux, blogs, sites d’information etc.).

Proximité. Avec les progrès de la géolocalisation, les moteurs ont acquis une autre dimension sociale : ils ont appris à répondre au plus près de l’utilisateur ou de ses contacts.

Nous assistons à des tentatives répétées pour faire converger les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Qu’est-ce que cela va donner ? Google essaie de pénétrer de force le monde des réseaux sociaux. Mais le géant a jeté l’éponge pour Wave. L’outil de communication collaboratif n’a pas eu le succès attendu : « Wave n’a pas eu autant d’utilisateurs que nous l’aurions souhaité. » C’est la phrase que toute la presse a retenue de l’explication donnée par un responsable de la société. Google s’est aussi fait rappeler à l’ordre pour Buzz par un collège international d’autorités de type CNIL. Les réseaux qui marchent sont des succès inattendus. En 2004, un étudiant de 20 ans crée thefacebook.com dans sa chambre à Harvard. Et deux semaines plus tard, les 2/3 de l’école s’inscrivent. Six ans plus tard, plus d’un demi-milliard de comptes ont été ouverts sur le site. Google a la mémoire courte, son moteur est lui aussi un succès inattendu.

Je ne crois pas le vainqueur du rapprochement search et réseau social soit un acteur significatif de ces deux mondes. Je vote pour un nouvel entrant qui émergera à la suite d’un succès inattendu.


[1] En se référant à l’analyse de www.alexa.com pour le mois de juillet 2010.
[2] http://www.netpublic.fr/2010/08/8-moteurs-de-recherche-en-temps-reel-efficaces-et-novateurs/


Age et compétences

Depuis l’irruption d’Internet dans nos vies, nous observons des bouleversements dont certains nous semblent paradoxaux.

  • Quand nos usages privés dépassent en quantité et en qualité nos usages professionnels,
  • Quand nos équipements domestiques sont plus performants que ceux que nos entreprises mettent à notre disposition pour travailler,
  • Quand les personnes se forment seules, chez elles sur leur matériel,
  • Quand ce sont les enfants qui apprennent à leurs parents,
  • Quand ce sont les élèves qui enseignent leurs professeurs,
  • Quand ce sont les dernières recrues qui expliquent aux anciens des entreprises,

cela signifie t-il que les jeunes sont plus compétents ?

La maîtrise d’un outil rend-elle plus compétent ? Quand peut-on dire que l’on maîtrise un outil ?

Force est de constater que la maîtrise technique masque la maîtrise des usages. La maîtrise technique s’apprend scolairement, par l’acquisition de gestes techniques qu’il faudra savoir répéter. La maîtrise des usages demande du temps pour l’appropriation des gestes et leur intégration dans la logique du métier. Elle nécessite la connaissance du métier.


Le monde des non-conférences

Nous avons tous assisté à des conférences. Alors qu’est-ce qu’une “non-conférence” ? Est-ce que ce ne serait pas quelque chose comme le non anniversaire de Lewis Carroll ? Il en existe plusieurs formes qui permettent de mieux cerner notre sujet. Toutes renvoient à un événement aux dimensions sociale et interactive, à un moment choisi pour réaliser ensemble quelque chose.

BarCamp

Une rencontre, une non-conférence ouverte qui prend la forme d’ateliers-événements participatifs où le contenu est fourni par les participants qui doivent tous, à un titre ou à un autre, apporter quelque chose au Barcamp. C’est le principe pas de spectateur, tous participants. (Définition provenant de Wikipedia).

Le site de référence http://barcamp.org/ nous donne la définition suivante : c’est un rassemblement ad-hoc né du désir des personnes de partager et d’apprendre dans un environnement ouvert. Il s’agit d’un évènement intense avec des discussions, des démonstrations et de l’interaction entre les participants qui en sont les principaux acteurs.

Meet-up

(de l’angl. to meet up, faire connaissance). Se dit d’une soirée de réseautage social, centrée, pour les participants, sur un ou plusieurs centres d’intérêt communs. La rencontre découle d’une mise en relation électronique en amont, initiée depuis une communauté virtuelle. (Définition provenant de Wikipedia).

VoCamp

Il s’agit d’une série de rencontres informelles où les participants consacrent un peu de temps à la création de vocabulaires ou d’ontologies pour le Web sémantique / Web des données. (Définition provenant de http://vocamp.org/)

Camp

D’une façon générale, on l’utilise dans un mot composé où le premier terme détermine le type de non-conférence (unconference en anglais). On trouve ainsi des “Web Analytics Camp”, “Rail Camp”, “THAT Camp”, etc.


Analyse de la présence du Gartner et de ses analystes sur Twitter

Je suis sûrement comme plusieurs d’entre vous un lecteur attentif des analyses du Gartner. Alors quand j’ai découvert la page où le célèbre cabinet publie la liste des accès Twitter de l’ensemble de ses analystes, je me suis jeté dessus. Vous auriez fait pareil.

Ils sont 85 analystes à être présents dans cette page. Je me suis amusé à faire des statistiques sur l’usage de Twitter que font les analystes. Je vous livre ici quelques résultats étonnants.

Nombre de personnes que les analystes écoutent

  • 54 analystes représentent 10 % de l’écoute globale du Cabinet et 31 représentent 90 %
  • Les 5 analystes les plus écoutants représentent 49.4 % – ils font respectivement 6.3 % – 6.8 % – 9.4 % – 13.3 % et 13.4 %

On aurait pu penser que les analystes de Gartner seraient plus attentifs à ce qui se dit dans le réseau le plus actif du Web 2.0. La moitié de l’écoute globale du Gardner est faite par 5 analystes sur 85.

Nombres de personnes qui écoutent les analystes

  • 25 analystes représentent 10 % des écoutés et 60 représentent 90 %
  • Les 17 analystes les plus écoutés représentent 50.2 %
  • Les 5 plus écoutés font respectivement 3.9 % – 4.3 % – 4.3 % – 4.8 % et 5.0 %

60 des 85 analystes du Gartner sont très écoutés avec un score cumulé de 90 %. En revanche, 25 analystes sont à peine écoutés. Parmi ces derniers, il y a bien entendu les analystes qui ont décidé de masquer leurs twitts. La moitié de l’écoute du Gartner est le fait des publications des 17 analystes les plus productifs.

Nombres d’analystes qui figurent dans des listes

  • 27 analystes représentent 10 % de la présence du Gartner dans des listes et 58 représentent 90 %
  • Les 15 analystes les plus présents représentent 49.5 %
  • Les 5 plus présents font respectivement 4.0 % – 4.3 % – 4.6 % – 5.4 % et 7.3 %

Les résultats de la présence dans des listes est assez conforme à l’écoute, voir juste au-dessus.

Nombres de twitts publiés par des analystes

  • 54 analystes représentent 10 % des twitts publiés par Gartner, 25 représentent 90 %
    et 6 analystes masquent leurs twitts
  • 7 analystes n’ont jamais publiés de twitts
  • Les 4 analystes qui publient le plus représentent 49.5 % de la publication du Gartner
  • Les 5 plus écoutants font respectivement 7.3 % – 9.2 % – 9.3 % – 14.1 % et 16.3 %
  • Les résultats les plus étonnants sont ici. La moitié de toute la production du Gartner dans Twitter est réalisée par 4 analystes seulement.

    Je crois que les analystes devraient tous publiés des twitts publics. Ce serait pour eux une véritable plateforme, un lieu de rencontre avec la sphère, avec leurs lecteurs. En fait, je suis globalement « desappointed » de mon analyse ! D’ailleurs, je crois que si on faisait la même étude sur d’autres cabinets, on arriverait aux mêmes résultats …

    Ou alors, persuadez-moi du contraire !


    Atelier #oubli en live sur Twitter

    Même si vous êtes à San Francisco, vous pouvez suivre en direct le débat passionnant qui a lieu en ce moment à l’Atelier et qui est repris en direct par une foule de journalistes improvisés : les participants eux-mêmes qui pianotent sur Twitter pour livrer leurs impressions, leurs commentaires, leurs notes … tout un matériel brut de fonderie qui est très intéressant à livre au fur et à mesure des mises à jour automatique du navigateur.

    Le tag #oubli a été retenu le 5 nov. par un petit échange sur Twitter et hop, c’est fait, c’est adopté par NKM (@nk_m) et Christian Bensi (@christianbensi). A 8h13, premier twitt sur la conférence et depuis, c’est le déluge (presqu’un millier de twitts à la fin de la conf) !

    Plusieurs thèmes sont abordés et les commentaires affluent aussitôt. Rapidement, on peut lire une inquiétude chez certains : twitter ne garde pas la trace très longtemps de ce qui se twitte. C’est même carrément angoissant. Vous avez peut-être remarqué qu’on ne peut pas revenir longtemps en arrière pour une recherche donnée. La limite, actuellement d’à peu près un mois, est dynamique et peut donc changer. Si le nombre de tweets par jour ne cesse d’augmenter, Twitter oubliera encore plus vite !

    A la fin de la conférence, un des participants fait la remarque suivante en s’adressant à @nk_m « Dommage que le hashtag #oubli n’ait pas été diffusé sur un écran pendant l’atelier ! » Voilà un oubli fâcheux !!! Dans le salle, on n’est pas au courant … et à des milliers de kilomètre, on a suivi la conférence. Voilà de l’ubi cuitée ;-)

    Pour ceux qui voudront suivre et revivre les échanges, une solution existe. Comme Twitter oublie, les développeurs de http://www.flotzam.com/ ont créé l’outil The archivist. Bref, même si semblait que Twitter puisse oublier, ce n’est déjà plus possible. Et ce n’est pas de Twitter que vient l’outil.

    Moralité : même quand tu oublies de faire quelque chose, il y aura toujours quelqu’un dans le grand web qui le fera pour toi.


    Twitter et livre, un grand écart ?

    Entre Twitter, 140 caractères au plus pour s’exprimer, et le livre, 140 pages au moins pour s’exprimer, il y a un rapport que l’esprit saisit immédiatement : comme un grand écart !

    Serge Roukine propose dans son blog une lecture en trait d’union avec un post qui s’intitule 50 auteurs de livres francophones à suivre sur Twitter.


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